Un locataire appelle un soir pour signaler des rats dans la cuisine. Le propriétaire reçoit le message et se pose immédiatement la même question que tout le monde : est-ce à lui de payer ? En théorie, la loi est claire. En pratique, les litiges sont fréquents et les zones d'ombre nombreuses. Ce que vous allez lire ici va peut-être changer votre façon de gérer ce type de situation.
Qu'est-ce qu'un nuisible "à la charge du propriétaire" selon la loi ?
En droit français, le propriétaire bailleur a l'obligation de délivrer un logement décent et habitable. C'est l'article 6 de la loi du 6 juillet 1989 qui le précise sans ambiguïté. Un logement infesté par des rats, des cafards, des blattes ou des punaises de lit ne répond plus à cette définition. Dans la majorité des cas, si la présence de nuisibles rend le logement impropre à l'habitation, c'est bien le propriétaire qui est en première ligne.
Mais il y a un point souvent mal compris. La loi distingue deux situations bien différentes :
- L'infestation préexistante à l'arrivée du locataire (problème structurel, réseau d'égouts défectueux, isolation absente)
- L'infestation liée aux comportements du locataire (accumulation de déchets, mauvaise hygiène, stockage alimentaire inadapté)
Cette distinction change tout pour savoir qui prend en charge les frais.
Quels nuisibles sont systématiquement à la charge du propriétaire ?
Les insectes xylophages et parasites structurels
Les termites, les capricornes des maisons (Hylotrupes bajulus), les vrillettes (Anobium punctatum)... Ces insectes s'attaquent à la structure même du bâti. Leur présence est directement liée à l'état du bâtiment, pas aux habitudes de vie du locataire.
Le traitement anti-termites par injection de produit biocide dans les structures en bois, ou par barrière chimique au sol, coûte entre 1 500 et 4 000 € selon la surface. Ces frais reviennent intégralement au propriétaire, sans discussion.
Les rongeurs liés aux réseaux et fondations
Quand des rats égoutiers (Rattus norvegicus) remontent via des canalisations défectueuses ou une ventilation mal obturée, la responsabilité est clairement du côté du bailleur. Un diagnostic par caméra endoscopique des canalisations (environ 150 à 300 €) permet souvent d'identifier l'entrée. Le traitement par raticide de première génération (coumarines à dose réglementée) ou par pièges mécaniques homologués suit ensuite. Connaissez-vous d'ailleurs les ultrasons pour nuisibles ?
Le locataire peut-il être tenu responsable des nuisibles ?
Oui, dans des cas précis. Si l'infestation de blattes orientales (Blatta orientalis) ou de souris (Mus musculus) résulte directement d'une accumulation de nourriture non rangée, de sacs poubelles laissés plusieurs jours dans l'appartement, ou d'un refus d'appliquer les consignes données par un technicien en hygiène, la responsabilité peut basculer côté locataire.
Des éléments comme un rapport de visite signé, des photos datées ou un compte-rendu d'intervention d'un dératiseur certifié (détenteur d'un agrément préfectoral) sont les pièces qui feront pencher la balance en cas de litige.
Que dit la réglementation en 2026 sur la responsabilité du bailleur ?
Depuis le renforcement des critères de décence des logements (décret n°2002-120 du 30 janvier 2002, complété par les textes de 2023 et 2025), un logement présentant une infestation active est considéré comme non décent. En 2026, cela signifie qu'un locataire peut saisir la Commission Départementale de Conciliation (CDC), voire le tribunal judiciaire, pour contraindre le propriétaire à agir sous astreinte journalière. Le montant de cette astreinte peut atteindre 50 à 150 €/jour selon le tribunal.
Les nuisibles les plus souvent impliqués dans les contentieux locatifs :
- Punaises de lit (Cimex lectularius) : environ 60 % des dossiers traités par les CDC en 2025
- Blattes (toutes espèces confondues) : 20 % des signalements formels
- Rongeurs : 15 % des plaintes, souvent les plus coûteuses à traiter
- Insectes xylophages : 5 % des dossiers mais avec les montants de litige les plus élevés
Quels recours si le propriétaire refuse d'intervenir ?
Le locataire n'est pas sans ressource. Voici les étapes à suivre dans l'ordre chronologique :
- Envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception décrivant précisément l'infestation (espèce, localisation, date de première observation)
- Contacter la mairie pour signaler le problème (certaines communes disposent d'un Service Communal d'Hygiène et de Santé, le SCHS)
- Saisir la CDC pour une tentative de conciliation amiable avant toute procédure judiciaire
- Engager une procédure au tribunal judiciaire si aucune réponse satisfaisante n'est obtenue dans les 30 jours suivant la mise en demeure
Le locataire peut aussi, dans des cas extrêmes, consigner son loyer auprès de la Caisse des Dépôts après décision judiciaire. Ça n'est pas automatique, mais c'est un levier réel et légal.
Quel est le coût moyen d'une intervention selon le type de nuisible ?
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Type de nuisible |
Type d'intervention |
Coût moyen (2026) |
Responsable habituel |
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Rats (réseau d'égout) |
Dératisation + colmatage |
300 à 800 € |
Propriétaire |
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Termites |
Traitement biocide bois |
1 500 à 4 000 € |
Propriétaire |
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Punaises de lit |
Traitement thermique |
400 à 1 200 € |
Variable selon origine |
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Blattes |
Gel insecticide professionnel |
150 à 400 € |
Variable selon origine |
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Cafards (mauvaise hygiène) |
Traitement + prévention |
100 à 300 € |
Locataire souvent |
À côté, voici quel nuisible mange des noix.
Le propriétaire peut-il se retourner contre le locataire après avoir payé ?
Oui. Si le propriétaire a réglé une intervention et peut prouver que l'infestation résulte d'un comportement fautif du locataire, il peut engager une action en remboursement devant le tribunal judiciaire.
Il faudra produire un rapport circonstancié du prestataire nuisibles, idéalement avec photos, description de l'origine probable et observations consignées lors du passage sur site. Sans ce type de document, difficile d'obtenir gain de cause. Les témoignages de voisins ou les échanges de mails entre les parties peuvent également appuyer le dossier.
Peut-on vraiment éviter ces litiges avant qu'ils n'arrivent ?
Absolument. Un état des lieux d'entrée détaillé, un diagnostic nuisibles réalisé avant toute mise en location, et une clause spécifique dans le bail mentionnant les obligations respectives en matière de prévention des infestations permettent de réduire considérablement les conflits. Certains propriétaires font désormais appel à des sociétés qui intègrent un suivi anti-nuisibles trimestriel dans leurs prestations, ce qui constitue une excellente couverture en cas de contestation.

Tristan
Co-Fondateur du site ProsDesNuisibles.com, Tristan st spécialisé dans les solutions numériques dédiées aux métiers de la lutte contre les nuisibles. La plateforme vise à faciliter la mise en relation entre particuliers et experts en dératisation, désinsectisation et désinfection, tout en mettant en avant des acteurs identifiés pour leur sérieux.
