Depuis son implantation progressive dans les cours d'eau français, le silure glane (Silurus glanis) est devenu l'ennemi public numéro un de certains pêcheurs et défenseurs de la biodiversité fluviale. Monstre des profondeurs ou bouc émissaire commode ? En 2026, les études récentes donnent des réponses qui bousculent pas mal d'idées reçues.
Le silure glane est-il une espèce envahissante en France ?
Oui et non. Le silure est présent en France depuis les années 1980, introduit volontairement via des lâchers dans des lacs de pêche privée, notamment dans le Lot et le Tarn.
Il s'est rapidement propagé dans le réseau hydrographique naturel via les connexions fluviales.
Techniquement considéré comme une espèce exogène non indigène dans les rivières françaises, il ne figure cependant pas sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l'Union européenne (Règlement UE n°1143/2014), contrairement au raton laveur ou à la perche soleil.
Son statut juridique est donc ambigu, ce qui complique toute politique de régulation nationale. À côté, savez-vous pourquoi le ragondin est nuisible ?
Le silure menace-t-il réellement la biodiversité des rivières françaises ?
C'est là que les avis scientifiques divergent sérieusement. Les fédérations de pêche (notamment la Fédération Nationale de la Pêche en France, FNPF) signalent des impacts mesurés sur les populations de brochet (Esox lucius), sandre (Sander lucioperca) et carpe (Cyprinus carpio). Des études conduites sur l'Hérault et la Garonne montrent une prédation significative sur les juvéniles de ces espèces en période de reproduction printanière.
En revanche, des travaux conduits par l'INRAE (ex-Irstea) nuancent fortement ce tableau : le silure adapte son régime à la ressource disponible et consomme en priorité des poissons fourrage comme les gardons, ablettes et blageons, ainsi que des crustacés et invertébrés aquatiques lorsque les proies de grande taille sont moins accessibles.
Le silure peut-il vraiment s'attaquer à des animaux terrestres ?
C'est la question qui fascine le grand public, alimentée par des vidéos virales diffusées sur les réseaux sociaux.
La réponse factuelle est : oui, dans des cas documentés, mais rares et très circonstanciels. Des observations réalisées sur la rivière Tarn montrent des silures pratiquant l'échouage intentionnel (beaching) pour capturer des pigeons s'abreuvant sur les berges.
Ce comportement, décrit dans une étude publiée dans PLOS ONE en 2012 par Julien Cucherousset et ses collègues, est réel mais concerne un nombre limité d'individus dans des conditions très spécifiques (berges en pente douce, oiseaux habitués au site, eau peu profonde).
Les cas d'attaques sur des animaux domestiques de taille moyenne ou sur des humains n'ont jamais été scientifiquement validés sur le territoire français. Les récits de nageurs attaqués restent des légendes urbaines non étayées par aucune observation documentée.
Quels sont les impacts réels du silure sur les écosystèmes fluviaux ?
Ce qui est scientifiquement établi en 2026 sur l'impact du silure glane en France :
- Prédation sur les oiseaux aquatiques : quelques cas documentés sur des foulques macroules (Fulica atra) et des canards colverts (Anas platyrhynchos) juvéniles en zone peu profonde
- Compétition directe avec les grands prédateurs : le silure entre en concurrence avec le brochet et le sandre pour les mêmes proies, notamment les cyprinidés de taille intermédiaire
- Pression sur l'anguille européenne (Anguilla anguilla) : des travaux menés en Camargue signalent une prédation sur cette espèce déjà en danger critique d'extinction selon l'UICN
- Fonction nettoyante : le silure consomme également des cadavres et de la matière organique en décomposition, ce qui lui vaut d'être qualifié d'"aspirateur de fond" par certains hydrobiologistes
Le silure est-il classé nuisible ou ESOD au niveau national ?
Non. En 2026, le silure glane n'est pas classé ESOD au niveau national et ne figure sur aucune liste réglementaire des espèces nuisibles au sens français du terme.
Sa régulation passe exclusivement par les arrêtés de pêche et les quotas fixés par les fédérations départementales de pêche en lien avec la FNPF et l'OFB (Office Français de la Biodiversité).
Certains départements ont initié des programmes de pêche intensive ciblée sur le silure, notamment sur la Loire, l'Allier et le Tarn, pour tenter de limiter la progression des populations dans les secteurs les plus sensibles.
Peut-on légalement pêcher et consommer le silure en France ?
Oui, sur les deux aspects. Le silure est une espèce pêchable dans le respect de la réglementation locale. La taille légale minimale de capture est fixée à 70 cm dans la majorité des départements en 2026 (à vérifier auprès de votre fédération départementale). Sa chair est ferme, blanche et peu grasse, appréciée en cuisine fluviale. Il est parfois valorisé sous l'appellation commerciale "silure de rivière" dans certains restaurants spécialisés, notamment dans le Lot et en Alsace.
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Critère |
Silure glane (Silurus glanis) |
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Inscription liste UE espèces invasives |
Non inscrit |
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Classement ESOD national |
Non |
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Taille légale de pêche |
70 cm (variable par département) |
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Consommation autorisée |
Oui |
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Impact biodiversité évalué |
Modéré à significatif selon le milieu |
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Présence sur le territoire |
Loire, Rhône, Garonne, Tarn, Allier... |
À côté, vous êtes-vous déjà demandé : « Est-ce que le cormoran est nuisible ? »
Faut-il organiser une destruction massive des silures pour protéger les rivières?
C'est le cœur du débat. Les partisans d'une régulation drastique font valoir que le silure, sans prédateur naturel efficace à l'âge adulte en France (seul le brochet adulte peut prédater les juvéniles de moins de 30 cm), prolifère sans frein naturel dans les milieux peu perturbés.
Les défenseurs d'une approche plus mesurée soulignent que l'élimination complète est biologiquement illusoire dans des bassins versants aussi étendus que la Garonne (575 km) ou le Rhône (812 km en France), et que les ressources mobilisées seraient plus utiles investies dans la restauration des habitats aquatiques et la lutte contre les pollutions diffuses (pesticides, nitrates, perturbateurs endocriniens).
En 2026, la position officielle de l'OFB penche vers une gestion adaptative et localisée plutôt qu'une campagne d'éradication nationale. C'est une position nuancée qui ne satisfait ni les pêcheurs les plus radicaux, ni les défenseurs inconditionnels du silure, mais c'est sans doute la plus réaliste à l'échelle du territoire.
Que faire concrètement si un silure cause des dégâts dans votre zone de pêche ?
Signalez la situation à votre fédération de pêche départementale qui peut déclencher une opération de pêche électrique ciblée.
Cette méthode, réalisée par des techniciens habilités de l'OFB ou des fédérations, permet de capturer les individus de grande taille (parfois plus de 2 mètres et 100 kg sur les grands cours d'eau) sans impact significatif sur les autres espèces présentes.
Les silures capturés peuvent être redistribués dans des plans d'eau privés, valorisés gastronomiquement ou euthanasiés selon les protocoles locaux et les accords passés avec les acteurs de la filière.

Tristan
Co-Fondateur du site ProsDesNuisibles.com, Tristan st spécialisé dans les solutions numériques dédiées aux métiers de la lutte contre les nuisibles. La plateforme vise à faciliter la mise en relation entre particuliers et experts en dératisation, désinsectisation et désinfection, tout en mettant en avant des acteurs identifiés pour leur sérieux.
