Le blaireau est l'un des animaux les plus mal compris du monde rural français. Agriculteurs, éleveurs, propriétaires terriens... tout le monde a un avis, mais peu connaissent vraiment la réponse légale. Cette réponse change tout, parce qu'ignorer la frontière entre ce qui est autorisé et ce qui ne l'est pas peut coûter très cher.
Quel est le statut juridique exact du blaireau en France ?
La classification ESOD
Le blaireau européen (Meles meles) n'est pas officiellement classé espèce protégée. Il entre dans la catégorie des ESOD, soit Espèces Susceptibles d'Occasionner des Dégâts. Ce régime a remplacé l'ancienne terminologie "animaux nuisibles" depuis l'arrêté ministériel du 2 septembre 2016. La distinction est importante car un animal ESOD ne peut être régulé qu'à certaines conditions précises et dans des cadres stricts. Sans arrêté préfectoral, le blaireau bénéficie d'une protection de fait.
Les arrêtés préfectoraux
Tout repose sur le préfet du département. C'est lui qui décide chaque année si le blaireau figure sur la liste ESOD de son territoire. Des départements comme la Côte-d'Or, la Dordogne, la Haute-Vienne ou la Corrèze renouvellent fréquemment cette classification, notamment en lien direct avec la pression exercée par la tuberculose bovine. Dans d'autres zones moins touchées, le blaireau peut très bien ne pas être classé du tout.
Le blaireau cause-t-il vraiment des dégâts aux cultures et aux prairies ?
Oui, et ils sont bien réels. Le blaireau est un fouisseur puissant capable de creuser des terriers complexes sur des dizaines de mètres de galeries. Ce comportement devient problématique au voisinage des cultures, des pâtures ou des bâtiments agricoles. Les chambres d'agriculture recensent chaque année des demandes liées à ses passages.
Les dégâts les plus fréquemment signalés sur le terrain sont les suivants.
- Prairies retournées sur plusieurs mètres carrés à la recherche de vers et de larves
- Maïs et céréales arrachés ou piétinés à proximité directe des terriers
- Fondations fragilisées par les galeries creusées sous les bâtiments agricoles
- Ruches attaquées lors de la prédation du couvain d'abeilles
- Pâtures contaminées par les déjections proches des points d'eau
Le blaireau est-il vecteur de la tuberculose bovine en France ?
C'est la raison principale pour laquelle il fait l'objet d'une surveillance aussi attentive. Le blaireau est un réservoir avéré de Mycobacterium bovis, la bactérie responsable de la tuberculose bovine.
Les départements français soumis à la prophylaxie TB bovine
La DGAL (Direction Générale de l'Alimentation) coordonne une surveillance renforcée dans plusieurs zones à risque élevé. Les plus concernés sont la Côte-d'Or, la Dordogne, la Corrèze, la Haute-Vienne et les Pyrénées-Atlantiques. Dans ces territoires, la cohabitation entre blaireaux et bovins est scrutée de près et fait l'objet de plans de gestion spécifiques pilotés en lien avec les vétérinaires locaux.
Le lien scientifique entre blaireau et Mycobacterium bovis
L'Anses a documenté les modalités de transmission. Le blaireau contamine les bovins principalement par contact indirect sur les pâtures, via les points d'eau partagés ou les zones de nourrissage communes. Au Royaume-Uni, le programme scientifique RBCT (Randomised Badger Culling Trial) a étudié ce phénomène pendant plus d'une décennie, alimentant un débat intense entre éleveurs et défenseurs de la faune sauvage sur les bénéfices réels de l'abattage.
Peut-on légalement piéger ou chasser le blaireau sans autorisation ?
Non, sans détour. Sans arrêté préfectoral en vigueur sur le département concerné, toute action directe contre un blaireau est illégale. La chasse au déterrage est encadrée par des règles précises. Elle est pratiquée entre le 15 mai et le 15 janvier uniquement, par des équipages enregistrés auprès de la fédération de chasse locale. Le gazage des terriers est interdit depuis 1994 sur tout le territoire national.
Les conditions cumulatives pour pratiquer le déterrage légalement sont les suivantes.
- Saison ouverte du 15 mai au 15 janvier
- Inscription obligatoire à la fédération départementale des chasseurs
- Appartenance à un équipage officiellement reconnu
- Déclaration préalable déposée en préfecture
- Absence de terrier situé en zone naturelle protégée
Quelles sont les démarches concrètes pour obtenir une autorisation de régulation ?
L'interlocuteur principal est la DDT (Direction Départementale des Territoires) du département. Le dossier doit contenir des photos datées des dégâts, un extrait cadastral de la parcelle concernée et une description précise des nuisances constatées. Le délai de traitement varie généralement entre deux et six semaines.
La régulation individuelle (un propriétaire, une parcelle) se distingue de la battue administrative qui implique une coordination entre plusieurs acteurs sur un territoire plus étendu.
Que risque-t-on à tuer un blaireau sans autorisation préfectorale ?
Dans un département où le blaireau n'est pas classé ESOD pour l'année en cours, s'en prendre à cet animal expose à une contravention de 5ème classe, soit de 1 500 à 3 000 euros en cas de récidive.
Dans les situations les plus graves, l'article L. 415-3 du Code de l'environnement prévoit jusqu'à 15 000 euros d'amende et un an de prison. Des sanctions qui méritent clairement réflexion avant tout acte impulsif.
Existe-t-il des méthodes de dissuasion efficaces sans destruction ?
Oui, et elles sont souvent plus efficaces qu'on ne le croit. Plusieurs solutions permettent de protéger cultures et bâtiments sans intervention directe sur l'animal.
- Grillage anti-fouisseur de marque Ursus ou équivalent, enterré à 50 cm minimum
- Clôture électrique basse tension posée sur deux niveaux de hauteur
- Répulsifs olfactifs à base de sang séché ou de créosote, renouvelés après chaque pluie
- Déplacement de sett (terrier) par une entreprise spécialisée vers une zone éloignée
Le blaireau est-il protégé en Belgique, en Suisse ou dans d'autres pays voisins ?
Pour les propriétaires travaillant près des frontières, la question est loin d'être anodine. En Belgique, le décret wallon du 6 décembre 2001 protège intégralement le blaireau. En Suisse, cette protection existe depuis 1962 au niveau fédéral.
Au Royaume-Uni, le Protection of Badgers Act de 1992 en fait l'animal sauvage le mieux protégé du pays sur le plan juridique. Méconnaître la loi du voisin peut coûter aussi cher que méconnaître la sienne.
|
Pays ou région |
Statut légal |
Chasse autorisée |
Piégeage autorisé |
Spécificité |
|
France hors ESOD |
Non classé nuisible |
Non |
Non |
Dépend de l'arrêté préfectoral annuel |
|
France zone ESOD |
ESOD départemental |
Déterrage encadré |
Boîte homologuée |
Renouvellement chaque année |
|
Belgique Wallonie |
Espèce protégée |
Non |
Non |
Décret wallon du 6 décembre 2001 |
|
Suisse |
Totalement protégé |
Non |
Non |
Loi fédérale en vigueur depuis 1962 |
|
Royaume-Uni |
Espèce protégée |
Non |
Licence exceptionnelle |
Protection of Badgers Act 1992 |
|
Allemagne |
Gibier |
Oui selon saison |
Encadré |
Loi de chasse variable par Land |
À côté, savez-vous d'ailleurs si le renard est vraiment un nuisible ?

Tristan
Co-Fondateur du site ProsDesNuisibles.com, Tristan st spécialisé dans les solutions numériques dédiées aux métiers de la lutte contre les nuisibles. La plateforme vise à faciliter la mise en relation entre particuliers et experts en dératisation, désinsectisation et désinfection, tout en mettant en avant des acteurs identifiés pour leur sérieux.
