Une pomme percée jusqu'au cœur, des prunes qui tombent en juillet bien avant d'être mûres, des feuilles collées entre elles par des fils soyeux... Ces dégâts ont un coupable dans la grande majorité des cas.
Et ce coupable a des ailes. Mais la réponse ne se résume pas à une seule espèce, parce que les papillons concernés sont différents, leurs cibles le sont aussi, et les solutions ne sont pas les mêmes selon le cas.
Comment distinguer les dégâts d'un papillon de ceux d'autres ravageurs du verger ?
Avant d'agir, il faut identifier correctement la source du problème. Les dégâts causés par les lépidoptères ont des signatures très reconnaissables dans un verger. Les galeries sinueuses à l'intérieur des fruits avec un petit amas de sciure rosâtre à l'entrée signalent presque toujours un carpocapse.
Les feuilles enroulées en cornet maintenues par des fils de soie indiquent plutôt une tordeuse. Et quand un arbre entier se retrouve enveloppé dans une grande tente de soie blanche au printemps, c'est l'hyponomeute qui est passé par là. Ces signes sont radicalement différents de ceux laissés par les pucerons (déformations foliaires, miellat collant) ou par les acariens (bronzage des feuilles, aucune galerie).
Quelles espèces de papillons sont réellement nuisibles aux arbres fruitiers ?
Le Carpocapse des pommes, Cydia pomonella
C'est le ravageur numéro un mondial du pommier. Sa larve, une chenille rose rosée à tête brune, creuse une galerie directe depuis la surface du fruit jusqu'à son cœur, en se nourrissant des pépins au passage.
Ce trajet caractéristique est l'indice le plus fiable pour l'identifier sans erreur. En France, il se manifeste en deux générations par an, la première entre mai et juin, la seconde entre juillet et août. Il s'attaque également au poirier et au noyer.
Le Carpocapse des prunes, Cydia funebrana
Même famille, cibles différentes. Cette espèce s'en prend principalement au prunier, au pêcher et à l'abricotier. Sa larve, également rose, s'installe directement contre le noyau. La confusion avec Cydia pomonella est fréquente à l'œil nu mais se résout facilement grâce à un piège à phéromones spécifique à chaque espèce.
L'Hyponomeute du pommier, Yponomeuta malinellus
Visuellement spectaculaire mais moins dévastateur qu'il n'y paraît. Ses chenilles grégaires fabriquent au printemps de grandes tentes de soie sur le pommier et l'aubépine. Un arbre adulte en bonne santé supporte généralement l'attaque sans séquelle majeure. En revanche, un jeune arbre peut souffrir sérieusement si l'infestation est répétée deux années de suite.
La chenille est-elle toujours plus destructrice que le papillon adulte ?
Oui, sans exception. Dans tous les cas cités ci-dessus, c'est uniquement la larve (la chenille) qui cause des dommages concrets aux végétaux. Le papillon adulte ne se nourrit pas de feuilles ni de fruits.
Son rôle est uniquement la reproduction. Comprendre ce cycle est fondamental pour choisir le bon moment d'intervention et ne pas traiter inutilement.
Les six espèces de lépidoptères les plus fréquemment signalées dans les vergers français sont les suivantes.
- Carpocapse des pommes (Cydia pomonella), ravageur principal du pommier
- Carpocapse des prunes (Cydia funebrana), ciblant les drupes à noyau
- Hyponomeute du pommier (Yponomeuta malinellus), créant de grandes toiles
- Tordeuse de la pelure (Adoxophyes orana), enroulant les feuilles en cornet
- Noctuelle du fraisier (Lacanobia oleracea), attaquant aussi les tomates
- Zeuzère (Zeuzera pyrina), forant les rameaux des pommiers et poiriers
Vous êtes-vous d'ailleurs déjà demandé si les fourmis sont nuisibles aux plantes ?
À quelle période précise de l'année faut-il surveiller ces ravageurs ?
La surveillance doit être continue de mars à août. En mars-avril, les premières pontes des tordeuses apparaissent sur les bourgeons en débourrement. En mai-juin, c'est le premier vol du carpocapse qui démarre, coïncidant précisément avec la chute des pétales.
C'est à ce moment exact que les œufs sont pondus sur les jeunes fruits. Juillet-août marque la deuxième génération, souvent plus intense que la première. Le concept de seuil d'intervention en arboriculture raisonnée est fondamental pour ne pas traiter systématiquement et détruire les auxiliaires naturels sans raison.
Les traitements insecticides chimiques sont-ils efficaces sans détruire les auxiliaires ?
Ça dépend entièrement du produit choisi. Les pyréthrines de synthèse comme la deltaméthrine ou la lambda-cyhalothrine sont efficaces contre les chenilles mais particulièrement toxiques pour les abeilles et les coccinelles. Les régulateurs de croissance des insectes comme le chlorantraniliprole (commercialisé sous le nom Coragen) offrent une bien meilleure sélectivité. L'arrêté du 28 novembre 2003 interdit strictement tout traitement insecticide pendant la floraison des arbres fruitiers.
Les principales matières actives disponibles pour particuliers et professionnels sont les suivantes.
- Deltaméthrine (conventionnel uniquement, toxique pour les pollinisateurs)
- Lambda-cyhalothrine (conventionnel, déconseillé en période de vol d'abeilles)
- Chlorantraniliprole (professionnel, meilleure sélectivité sur insectes utiles)
- Spinosad (autorisé en agriculture biologique, certifié AB)
- Kaolin (barrière physique, biologique, sans résidu, efficacité partielle)
Quelles solutions biologiques permettent de lutter sans produit chimique ?
Les pièges à phéromones et la confusion sexuelle
Les phéromones sexuelles synthétiques imitent l'odeur de la femelle pour désorienter les mâles en vol. Le principe de la confusion sexuelle consiste à saturer l'air de ces phéromones pour que les mâles ne trouvent plus les femelles.
Des produits comme le RAK 3+4 (Basf) ou l'Isomate C Plus (Shin-Etsu) sont utilisés dans les vergers certifiés bio. Cette méthode est efficace à partir de 0,5 hectare et peut réduire les dégâts de carpocapse jusqu'à 90 % dans les conditions optimales.
Le Bacillus thuringiensis var. kurstaki (Btk)
Le Btk est une bactérie naturelle du sol dont les spores produisent une toxine létale pour les jeunes chenilles au moment de l'ingestion. Elle est inoffensive pour les mammifères, les oiseaux et les abeilles. Autorisée en agriculture biologique, elle est commercialisée sous les noms Delfin WG et Lepinox Plus. Son application doit être répétée tous les 7 à 10 jours pendant les périodes de vol actif.
Les papillons nuisibles au verger sont-ils tous des espèces non protégées ?
Oui. Toutes les espèces mentionnées dans cet article sont des ravageurs officiellement non protégés. Aucune ne figure à l'annexe IV de la Directive Habitats 92/43/CEE ni sur la liste rouge UICN France des lépidoptères. La lutte contre ces espèces est donc légale dans le cadre des méthodes autorisées, qu'elles soient chimiques ou biologiques.
Comment prévenir une infestation dès l'hivernage des arbres ?
Plusieurs gestes simples réalisés à l'automne et en hiver réduisent significativement les populations de ravageurs pour la saison suivante.
- Poser des bandes cartonnées pièges à chrysalides sur les troncs en juillet et les brûler en janvier
- Ramasser et détruire tous les fruits tombés avant d'hiverner le verger
- Tailler les arbres pour ouvrir la canopée à la lumière et réduire les zones de ponte
- Installer des nichoirs à mésanges car une mésange charbonnière consomme jusqu'à 400 chenilles par jour
- Maintenir un enherbement maîtrisé pour favoriser les carabes et prédateurs naturels au sol
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Espèce |
Arbre cible |
Signe caractéristique |
Période de vol |
Solution biologique prioritaire |
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Cydia pomonella |
Pommier, poirier, noyer |
Galerie jusqu'au cœur du fruit |
Mai-juin puis juillet-août |
Confusion sexuelle RAK 3+4 |
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Cydia funebrana |
Prunier, pêcher, abricotier |
Larve logée contre le noyau |
Avril-mai puis juin-juillet |
Piège phéromonal Isomate P |
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Yponomeuta malinellus |
Pommier, aubépine |
Grande tente de soie sur rameaux |
Mars-mai pour les chenilles |
Btk Delfin WG |
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Adoxophyes orana |
Pommier, poirier, cerisier |
Feuilles enroulées en cornet |
Mai-juin puis août-septembre |
Piège delta et Btk |
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Zeuzera pyrina |
Pommier, poirier, noisetier |
Sciure fraîche à la base des rameaux |
Juin-août |
Nématodes Steinernema feltiae |

Tristan
Co-Fondateur du site ProsDesNuisibles.com, Tristan st spécialisé dans les solutions numériques dédiées aux métiers de la lutte contre les nuisibles. La plateforme vise à faciliter la mise en relation entre particuliers et experts en dératisation, désinsectisation et désinfection, tout en mettant en avant des acteurs identifiés pour leur sérieux.
